Oni : le démon japonais, ses origines, ses contes et ses masques
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Un oni (鬼) est un démon du folklore japonais, souvent traduit par « démon » ou « ogre ». On le représente avec des cornes, des crocs, une peau rouge ou bleue et une massue de fer, le kanabō. L’oni est le méchant des contes comme Momotarō, celui que l’on chasse à coups de haricots à la fête de Setsubun, mais aussi un gardien dont le visage protège du mauvais sort.
L’oni est l’une des créatures les plus connues du Japon. On le croise dans les contes pour enfants, sur les toits des temples, au théâtre nô, dans les fêtes de village et jusque dans les mangas. Selon l’article de Wikipédia consacré aux oni, le mot désigne une catégorie entière de yōkai, les créatures surnaturelles du folklore japonais. Ce guide explique à quoi ressemble un oni, d’où il vient, ce qu’il fait dans les contes et pourquoi on le retrouve sur tant de masques.
Qu’est-ce qu’un oni ?
Un oni est une créature surnaturelle du folklore japonais, à mi-chemin entre le démon et l’ogre. L’oni a une forme humaine, mais des cornes, une force hors du commun et, dans les récits anciens, un goût pour la chair humaine. Il appartient à la grande famille des yōkai, dont il est l’une des figures les plus redoutées.
Le mot oni s’écrit avec le caractère chinois 鬼. En Chine, ce caractère, lu guǐ, désignait l’âme d’un mort. Selon Wikipédia, le mot japonais oni viendrait de onu (隠), « ce qui est caché, invisible » : une présence que l’on ne voit pas dans le monde des vivants. Le caractère 鬼 se lit « oni » quand il est seul, et « ki » dans de nombreux mots composés.
En japonais courant, l’oni n’est pas seulement un monstre. Le mot sert aussi à parler d’une personne hors norme : un shigoto no oni (仕事の鬼), « un oni du travail », est un bourreau de travail, et un oni kōchi (鬼コーチ) est un entraîneur impitoyable. Pour les autres mots japonais qui désignent un démon, comme akuma ou yōkai, voyez notre article sur le démon en japonais.
À quoi ressemble un oni ?
Un oni ressemble à un grand homme musclé, avec une ou deux cornes sur le front, des yeux ronds et exorbités, une bouche très large et des canines pointues. Sa peau est le plus souvent rouge ou bleue. Il porte un pagne en peau de tigre et tient un kanabō (金棒), une massue de fer hérissée de pointes.
Cette apparence n’est pas figée. Selon les récits et les époques, un oni peut être géant ou chétif, avoir un seul œil, trois doigts seulement à chaque main ou des cheveux hérissés. Selon l’historienne Koyama Satoko, dans un entretien publié par Nippon.com, les oni sont imaginés avec des cornes au moins à partir du XIIe siècle, mais ils n’ont pas toujours eu de massue : les oni anciens et médiévaux frappaient avec des marteaux, et le gourdin de métal n’apparaît qu’à l’époque d’Edo (1603 à 1868).
Pourquoi l’oni a-t-il des cornes de bœuf et un pagne de tigre ?
L’oni a des cornes de bœuf et un pagne de tigre à cause d’une direction de la boussole. Dans l’onmyōdō, l’art divinatoire japonais venu de Chine, le nord-est est appelé kimon (鬼門), « la porte des oni ». Cette direction est aussi nommée ushitora, « bœuf-tigre », d’après les animaux du zodiaque qui lui correspondent. Une hypothèse veut que l’oni ait hérité des cornes du bœuf et des crocs, des griffes et de la peau rayée du tigre. C’est pour garder cette porte que le monastère Enryaku-ji a été bâti sur le mont Hiei, au nord-est de Kyoto.
Que signifient les couleurs des oni ?
Les couleurs des oni viennent de la cosmologie bouddhique, qui en compte cinq. Le rouge et le bleu sont de loin les plus fréquents, et ce sont les seuls dont le sens est clairement fixé par les textes. Les trois autres apparaissent dans des écrits plus rares.
| Couleur | Nom japonais | Sens dans la tradition bouddhique | Où on le voit |
|---|---|---|---|
| Rouge | aka-oni (赤鬼) | le feu, la convoitise | l’oni le plus courant : contes, Setsubun, masques |
| Bleu | ao-oni (青鬼) | le bois, la colère | le compagnon de l’oni rouge dans les contes |
| Jaune | ki-oni (黄鬼) | sens variable selon les textes | moins courant |
| Noir | kuro-oni (黒鬼) | sens variable selon les textes | moins courant |
| Vert, autrefois blanc | midori-oni (緑鬼) | le blanc, couleur du métal, a été remplacé par le vert | moins courant |
Dans les masques d’aujourd’hui, le rouge et le bleu restent les deux couleurs classiques de l’oni. Les masques oni noirs, blancs ou dorés que l’on voit en décoration ou en costume relèvent du choix esthétique plus que de la tradition.
D’où viennent les oni ?
Les oni viennent de la rencontre entre des croyances japonaises anciennes, l’idée chinoise des esprits des morts et les démons de l’enfer bouddhiste. Selon Koyama Satoko, le concept chinois arrive au Japon dès le VIIe siècle. Au Japon, le mot oni prend un sens nettement plus maléfique qu’en Chine, où ces esprits pouvaient être bons ou mauvais.
Les plus anciennes chroniques du Japon parlent déjà d’oni. Le Nihon shoki, achevé en 720, raconte qu’en 544 des étrangers débarqués sur l’île de Sado furent pris pour des oni par les habitants. Le Nihon sandai jitsuroku, en 901, rapporte qu’une femme aurait été dévorée par un oni en 887 à Heian-kyō, l’actuelle Kyoto.
L’oni gardien des enfers bouddhistes
Dans le bouddhisme japonais, les oni sont les geôliers de l’enfer. Ils servent Enma, le roi des enfers, et tourmentent les âmes des damnés. Les plus connus sont Gozu, à tête de bœuf, et Mezu, à tête de cheval. Les rouleaux des enfers de la fin du XIIe siècle montrent déjà des oni rouges, bleus ou à tête d’animal.
L’oni, figure de l’étranger et du marginal
Plusieurs historiens pensent que l’oni a servi à nommer des personnes réelles que l’on craignait. Selon les théories, il pourrait s’agir des étrangers arrivés par la mer, des Emishi du nord du Japon qui résistaient au pouvoir impérial, ou des forgerons et mineurs des montagnes. Koyama Satoko montre aussi que les femmes, les enfants nés avec un handicap et les marginaux ont souvent été assimilés aux oni. Ces hypothèses restent des pistes de recherche, pas des certitudes.
L’oni n’est pas toujours mauvais. Selon Wikipédia, certains lieux du Japon vénèrent l’oni comme un protecteur, comme Hōki-chō, dans la préfecture de Tottori, ou le sanctuaire du mont Iwaki, dans la préfecture d’Aomori, où l’on remercie un oni pour ses bienfaits.
Quels contes japonais parlent des oni ?
Les oni apparaissent dans des dizaines de contes japonais, le plus souvent comme l’ennemi que le héros doit vaincre. Trois récits sont connus de presque tous les Japonais, et chacun montre un visage différent de l’oni : le pillard, l’ogre et l’ami.
Momotarō, le garçon né d’une pêche
Momotarō est le plus célèbre des contes d’oni. Un vieux couple trouve un bébé dans une pêche flottant sur la rivière et l’élève. Devenu grand et fort, Momotarō part combattre les oni de l’île d’Onigashima, avec un chien, un singe et un faisan rencontrés en chemin. Il revient victorieux avec le trésor des oni. La légende est associée à la ville d’Okayama, qui a élevé une statue de Momotarō et de ses compagnons devant sa gare.
Shuten-dōji, le chef des oni du mont Ōe
Shuten-dōji est l’oni le plus redouté des légendes japonaises. Installé sur le mont Ōe, au nord-ouest de Kyoto, ce chef d’une bande d’oni enlevait les jeunes filles de la capitale pour les dévorer. Le guerrier Raikō et ses compagnons s’introduisent dans sa forteresse, avec l’aide des dieux, et lui tranchent la tête. Le récit a inspiré de nombreuses estampes et pièces de théâtre.
L’oni rouge qui pleurait
Naita aka-oni, « l’oni rouge qui pleurait », montre un oni tendre. Un oni rouge rêve d’être l’ami des villageois, qui le fuient. Son ami l’oni bleu se fait passer pour un méchant afin que l’oni rouge le chasse devant tout le monde et gagne ainsi la confiance des humains. Mais ce sacrifice sépare les deux amis, et l’oni rouge pleure l’oni bleu disparu. Ce conte est très présent dans les albums pour enfants au Japon.
Que fait-on aux oni pendant la fête de Setsubun ?
Pendant la fête de Setsubun, on chasse les oni de la maison en leur lançant des haricots de soja grillés. En même temps, on crie « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! », « Dehors les démons ! Dedans le bonheur ! ». Ce rite s’appelle le mame-maki, le « lancer de haricots ».
Selon l’article de Wikipédia sur Setsubun, la fête a lieu la veille du début du printemps de l’ancien calendrier, en général le 3 février, parfois le 2 ou le 4. Elle descend d’un rite d’exorcisme chinois, le tsuina, arrivé au Japon vers le VIIIe siècle. Dans beaucoup de familles, un parent met un masque d’oni pour jouer le démon que les enfants chassent.
La tradition prête aux oni quelques faiblesses. Ils détesteraient les odeurs fortes, la fumée des sardines grillées et les feuilles piquantes du houx. C’est pourquoi, à Setsubun, on accroche parfois à l’entrée une branche de houx piquée d’une tête de sardine pour tenir les oni à distance.
| Rite de Setsubun | Ce qu’on fait | Pourquoi |
|---|---|---|
| Mame-maki | lancer des haricots grillés dehors et dans la maison | chasser les oni, faire entrer le bonheur |
| Masque d’oni | un membre de la famille joue le démon | donner une cible aux haricots |
| Houx et sardine | accrocher une branche de houx et une tête de sardine à l’entrée | repousser les oni par les épines et l’odeur |
| Ehōmaki | manger un long rouleau de sushi tourné vers la direction de l’année | s’assurer une année heureuse |
Pourquoi l’oni est-il sur les masques et au théâtre ?
L’oni est sur les masques parce qu’un visage de démon sert à la fois à jouer le mal et à le faire fuir. Au théâtre, le masque permet à un acteur de devenir oni. Dans les rites, il donne corps au démon que l’on chasse ou que l’on accueille. Sur les murs et les toits, il effraie les mauvais esprits.
L’oni au théâtre nô : le masque hannya
Au théâtre nô, les oni sont souvent des esprits vengeurs ou des créatures de l’enfer. Le masque le plus célèbre est le hannya, qui représente une femme changée en oni par la jalousie. On le voit dans des pièces comme Aoi no Ue ou Dōjō-ji. D’autres pièces, comme Momijigari ou Kurozuka, racontent elles aussi des femmes devenues démons.
Les namahage, des oni qui visitent les maisons
Les namahage sont des oni masqués qui visitent les maisons chaque 31 décembre dans la péninsule d’Oga, dans la préfecture d’Akita. Selon Wikipédia, de jeunes hommes costumés menacent d’emporter les enfants paresseux, puis repartent apaisés par les parents et les offrandes, en laissant leur bénédiction. Les masques rouges figurent les oni masculins et les bleus les oni féminins. Le rituel est classé bien important du patrimoine ethnologique du Japon.
Le masque oni aujourd’hui : protection et caractère
Le masque oni joue aujourd’hui sur les deux sens du démon japonais : la force brute et la protection. C’est la même idée que les tuiles onigawara (鬼瓦), ornées d’une tête d’oni, posées au bout des toits des temples pour éloigner le mauvais sort. Accrocher un masque oni, c’est afficher un caractère fort plutôt qu’appeler le mal. Notre collection de masques oni réunit des masques intégraux en fibre de verre, des demi-masques de style samouraï, un masque en bois de cèdre à accrocher et des modèles ninja, en bleu, blanc, noir ou doré.
FAQ sur l’oni
Quel est le pouvoir d’un oni ?
Le pouvoir d’un oni est d’abord sa force surhumaine, que l’expression japonaise oni ni kanabō (鬼に金棒), « un kanabō pour l’oni », résume : donner une arme à un oni le rend invincible. Dans les légendes, certains oni changent aussi d’apparence ou apportent maladies et malheurs.
Quel est le mythe des oni ?
Il n’existe pas un seul mythe des oni, mais de nombreux récits. Les plus connus sont Momotarō, le garçon né d’une pêche qui vainc les oni de l’île d’Onigashima, et Shuten-dōji, le chef des oni du mont Ōe tué par le guerrier Raikō.
Un oni est-il gentil ou méchant ?
Un oni est le plus souvent méchant dans les contes, mais pas toujours. L’oni rouge qui pleurait est un personnage tendre, et certains villages japonais vénèrent l’oni comme un protecteur.
Que veut dire « Oni wa soto, fuku wa uchi » ?
« Oni wa soto, fuku wa uchi » veut dire « Dehors les démons, dedans le bonheur ». C’est la phrase que l’on crie en lançant des haricots à la fête de Setsubun, au début du mois de février.
Quelle est la différence entre un oni et un démon ?
L’oni est le démon propre au folklore japonais, avec ses cornes et sa massue. Le démon ou le diable des religions occidentales se dit plutôt akuma (悪魔) en japonais.
Quelle est la différence entre un oni et un hannya ?
L’oni est une créature du folklore, le plus souvent masculine. Le hannya est un masque du théâtre nô qui représente une femme devenue oni par jalousie, appelée kijo.
Comment s’écrit oni en japonais ?
Oni s’écrit 鬼 en kanji et おに en hiragana. Le même caractère se lit « ki » dans des mots composés comme kimon (鬼門), la « porte des oni ».
En résumé
L’oni est le démon cornu du folklore japonais, né de la rencontre entre les esprits des morts venus de Chine, les démons de l’enfer bouddhiste et les peurs du Japon ancien. Rouge ou bleu, armé de son kanabō, l’oni est l’ennemi de Momotarō et la cible des haricots de Setsubun. Mais son visage terrifiant protège aussi : c’est pourquoi on le retrouve sur les toits, au théâtre nô et sur les masques.
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Un masque de démon japonais à porter ou à accrocher au mur, pour garder sa force chez soi.
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