Kami : les divinités du Japon, leurs types et leurs masques
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Un kami (神) est, au Japon, une divinité ou un esprit vénéré par le shinto. Le mot désigne aussi bien les grands dieux des mythes, comme Amaterasu, déesse du soleil, que l’esprit d’une montagne, d’un arbre ancien, d’un ancêtre ou d’un homme divinisé. Les kami ne sont ni tout bons ni tout mauvais : on les honore dans les sanctuaires et on les divertit par la danse et le masque.
Les kami du Japon sont si nombreux que la tradition parle de « huit millions de kami ». Selon l’article de Wikipédia consacré aux kami, le sens premier du mot est « esprit » plutôt que « dieu ». Ce guide explique ce qu’est un kami, les grandes familles de kami, les plus connus d’entre eux, les lieux où ils résident et la façon dont les masques leur donnent un visage.
Qu’est-ce qu’un kami au Japon ?
Un kami est tout ce qui, au Japon, inspire le respect par sa force ou son caractère hors du commun. Au XVIIIe siècle, le lettré Motoori Norinaga en donne une définition restée célèbre : est kami « tout être qui possède certaines qualités éminentes sortant de l’ordinaire, ou qui est impressionnant de nature ». Un soleil, un volcan, un renard, un guerrier ou un grand savant peuvent donc être des kami.
Le kami n’a rien d’un dieu tout-puissant. Nippon.com, interrogeant une spécialiste de mythologie de l’université Kokugakuin, souligne leur côté très humain : dans les mythes, les kami tombent amoureux, se trompent, cultivent le riz ou tissent. Un même kami peut aussi être vénéré dans plusieurs sanctuaires à la fois.
Pourquoi un kami est-il à la fois bon et redoutable ?
Selon la tradition shinto, chaque kami possède deux âmes : une âme paisible, nigi-mitama, qui protège et fait prospérer, et une âme violente, ara-mitama, qui peut apporter orages, épidémies ou malheurs. Honorer un kami, c’est apaiser la seconde pour recevoir les bienfaits de la première. Cette double nature explique qu’un esprit vengeur puisse devenir, une fois apaisé, un kami protecteur.
En japonais, le mot kami ne marque ni le nombre ni le genre. On parle de kamisama pour s’adresser respectueusement à un kami, et de kamigami pour dire « les dieux » au pluriel. Les rites, sanctuaires et fêtes qui entourent les kami sont présentés dans notre article sur le shintoïsme.
Quels sont les différents types de kami ?
Les kami se répartissent en deux grandes familles : les kami de la nature et les kami liés aux hommes, à leurs clans et à leurs métiers. Les chroniques anciennes distinguent en plus les kami du ciel, les amatsukami, qui résident dans la plaine céleste du Takamagahara, et les kami de la terre, les kunitsukami.
| Type de kami | Nom japonais | Exemples |
|---|---|---|
| Kami du ciel | amatsukami (天津神) | Amaterasu, les dieux du Takamagahara |
| Kami de la terre | kunitsukami (国津神) | Ōkuninushi, Sarutahiko |
| Kami de la nature | yama no kami, mizu no kami | montagnes, cascades, rochers, arbres, vent, tonnerre |
| Kami d’un clan | ujigami (氏神) | ancêtre divin protecteur d’une famille ou d’un village |
| Kami du lieu de naissance | ubusunagami (産土神) | le kami qui protège une personne depuis sa naissance |
| Kami d’un métier | kami fonctionnels | Inari pour le riz, Ebisu pour la pêche et le commerce |
| Hommes divinisés | hitogami, goryō | Sugawara no Michizane devenu Tenjin, esprits vengeurs apaisés |
Cette classification vient des chercheurs, pas d’un dogme : un même kami peut appartenir à plusieurs familles. Le Kojiki, rédigé en 712, cite à lui seul environ trois cents kami, chacun avec sa fonction propre.
Quels sont les kami les plus connus ?
Les kami les plus connus sont ceux des mythes fondateurs, racontés dans le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720) : le couple créateur Izanagi et Izanami, puis leurs trois enfants nés de la purification d’Izanagi, Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo. S’y ajoutent des kami très populaires, priés chaque jour pour les récoltes, le commerce ou les examens.
| Kami | Domaine | Lieu ou rôle |
|---|---|---|
| Izanagi et Izanami | création des îles du Japon et des autres kami | sanctuaire de Taga, sanctuaire d’Izanagi à Awaji |
| Amaterasu | le soleil, ancêtre de la famille impériale | sanctuaire d’Ise |
| Tsukuyomi | la lune | sanctuaires annexes d’Ise |
| Susanoo | les tempêtes et la mer | sanctuaire Yasaka de Kyoto, région d’Izumo |
| Ōkuninushi | fondation du pays, liens et mariages | grand sanctuaire d’Izumo |
| Inari | le riz, la prospérité, le commerce | Fushimi Inari-taisha, Kyoto |
| Hachiman | la guerre, protecteur des guerriers | Usa Jingū, Tsurugaoka Hachimangū |
| Tenjin | les études et les examens | Kitano Tenmangū, Dazaifu Tenmangū |
| Ebisu | la pêche et le commerce | sanctuaires Ebisu, dont Nishinomiya |
| Raijin et Fūjin | le tonnerre et le vent | statues gardiennes de nombreux temples |
| Ame no Uzume | la danse et la gaieté | patronne des arts du spectacle |
Tenjin montre bien comment un homme devient kami. Sugawara no Michizane, lettré et ministre de la fin du IXe siècle, meurt en exil en 903 ; les catastrophes qui frappent ensuite la capitale, dont la foudre tombée sur le palais, sont attribuées à son esprit en colère. On l’apaise en le vénérant sous le nom de Tenjin, et il est aujourd’hui le kami que les étudiants japonais prient avant leurs examens. Inari, autre kami très populaire, a son propre guide : Inari, la divinité du riz et des renards.
Où vivent les kami ?
Les kami vivent dans un monde invisible, mais ils descendent dans des objets ou des lieux qui les accueillent, les yorishiro. Un arbre géant, un rocher à la forme étrange, une cascade ou une montagne comme le mont Fuji peuvent servir de demeure à un kami. On les reconnaît à la corde de paille de riz, la shimenawa, nouée autour d’eux.
Dans les sanctuaires, le kami réside dans le shintai, l’« objet-corps » caché dans le bâtiment principal : souvent un miroir, parfois une épée, une pierre ou un joyau. Pour certains sanctuaires très anciens, comme celui du mont Miwa près de Nara, le shintai est la montagne elle-même, et il n’y a pas de bâtiment principal.
Qu’est-ce que le « mois sans dieux » ?
Le dixième mois de l’ancien calendrier lunaire s’appelle kannazuki, souvent compris comme le « mois sans dieux » et associé aujourd’hui à octobre. Selon la tradition, tous les kami du pays quittent alors leurs sanctuaires pour se réunir au grand sanctuaire d’Izumo, dans la préfecture de Shimane. Nippon.com rappelle que la région d’Izumo appelle au contraire ce mois kamiarizuki, « le mois où les dieux sont présents ».
Quel lien entre les kami, le kagura et les masques ?
Le masque est la manière la plus ancienne de donner un visage aux kami. Dans le kagura, la danse sacrée offerte aux dieux, le danseur masqué devient le kami le temps de la danse : Amaterasu, Susanoo, Sarutahiko ou Ame no Uzume reprennent vie devant le public. Les origines de cette danse sont détaillées dans notre guide du kagura et de ses masques.
Plusieurs masques japonais connus représentent directement un kami. Le masque d’Okame, visage rond et rieur, est associé à Ame no Uzume, la déesse qui fit rire les dieux devant la grotte d’Amaterasu. Sarutahiko, le kami qui guida le petit-fils d’Amaterasu sur terre, est décrit dans le Nihon shoki avec un nez immense et un visage rouge : dans les processions, il prend souvent les traits d’un tengu. Ebisu, lui, apparaît sous un masque souriant qui lance des friandises au public.
Le théâtre nô garde aussi la trace des kami. La pièce rituelle Okina, jouée au Nouvel An et lors des grandes occasions, fait danser un vieillard divin qui bénit le pays ; l’acteur y met son masque sur scène, devant le public. À l’inverse, les oni et les yōkai ne sont pas des kami : ce sont les créatures que les dieux et les héros chassent, comme le raconte notre guide de l’oni, le démon japonais. Nos masques japonais réunissent ces deux mondes : masques de nô sculptés, Hyottoko, tengu et démons.
FAQ sur les kami du Japon
Que veut dire kami en japonais ?
Kami (神) veut dire « divinité » ou « esprit ». Le mot désigne tout ce qui, dans la nature ou chez les hommes, inspire le respect par sa puissance ou son caractère extraordinaire.
Quelle différence entre kami et kamisama ?
Kamisama est le mot kami suivi du suffixe de respect -sama. On l’emploie pour s’adresser à un kami ou en parler avec déférence, un peu comme « le bon Dieu » en français.
Combien y a-t-il de kami au Japon ?
La tradition parle de yaoyorozu no kami, « huit millions de kami ». Ce chiffre n’est pas un compte : il signifie que les kami sont innombrables.
Quel est le kami le plus puissant ?
Amaterasu, la déesse du soleil, est considérée comme la plus haute des kami. Elle est vénérée au sanctuaire d’Ise et présentée comme l’ancêtre de la famille impériale.
Quelle différence entre un kami et un yōkai ?
Un kami est une divinité que l’on vénère dans un sanctuaire. Un yōkai est une créature surnaturelle du folklore, souvent farceuse ou inquiétante. La frontière reste floue : un yōkai honoré peut devenir kami, et un kami négligé peut se montrer redoutable.
Un humain peut-il devenir kami ?
Oui. Des empereurs, des guerriers et des lettrés ont été divinisés après leur mort, comme Sugawara no Michizane, vénéré sous le nom de Tenjin, kami des études.
En résumé
Un kami est une divinité ou un esprit du shinto : dieu des mythes, force de la nature, ancêtre ou homme divinisé. Innombrables, à la fois bienveillants et redoutables, les kami résident dans les montagnes, les arbres et les objets sacrés des sanctuaires. Les masques du kagura et du nô leur donnent un visage, d’Okame, image d’Ame no Uzume, au long nez rouge de Sarutahiko.
À lire aussi dans ce guide : Oni : le démon japonais, ses origines, ses contes et ses masques · Shintoïsme : la religion shinto expliquée simplement · Kagura : la danse sacrée du shinto et ses masques.
Un masque de théâtre ou de fête, pour garder chez vous un visage des dieux et des démons du Japon.
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