Susanoo : le dieu des tempêtes, ses mythes et ses sanctuaires
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Susanoo (須佐之男), ou Susanoo-no-Mikoto, est le dieu shinto des tempêtes et de la mer, frère cadet d’Amaterasu, la déesse du soleil. Chassé du ciel pour ses violences, il descend dans la région d’Izumo, où il tue le serpent à huit têtes Yamata no Orochi et trouve l’épée Kusanagi. Dieu redoutable devenu héros, Susanoo est aujourd’hui prié contre les épidémies et pour le mariage.
Susanoo est l’un des personnages les plus contradictoires de la mythologie japonaise : fauteur de troubles au ciel, sauveur sur la terre. Selon l’article de Wikipédia consacré à Susanoo, ses aventures sont racontées dans le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720), les deux plus anciennes chroniques du Japon. Ce guide retrace ses mythes, de sa querelle avec Amaterasu à son combat contre Orochi, et présente les sanctuaires où il est vénéré.
Qui est Susanoo, le dieu des tempêtes ?
Susanoo est le kami des tempêtes, de la mer et des éléments déchaînés, fils du dieu créateur Izanagi. D’après le Kojiki, il naît quand Izanagi, revenu du pays des morts, se purifie dans une rivière : Amaterasu naît de son œil gauche, Tsukuyomi, dieu de la lune, de son œil droit, et Susanoo de son nez. Izanagi confie alors le ciel à Amaterasu, la nuit à Tsukuyomi et la mer à Susanoo.
Le nom de Susanoo viendrait du verbe susabu, « se déchaîner, être impétueux », ou du village de Susa, dans l’ancienne province d’Izumo. Son titre no-Mikoto est une marque de respect accordée aux divinités. Susanoo a un caractère double : dieu violent qui ravage tout sur son passage, il devient aussi un héros protecteur et un dieu des récoltes. Le tableau réunit les principaux traits de ce kami.
| Susanoo | Ce qu’en disent les mythes |
|---|---|
| Nom complet | Takehaya-Susanoo-no-Mikoto (Kojiki) |
| Domaine | la mer, les tempêtes, puis les récoltes et la protection contre les maladies |
| Parents | né d’Izanagi ; il réclame sa mère Izanami, morte |
| Frère et sœur | Amaterasu (soleil) et Tsukuyomi (lune) |
| Épouse | Kushinada-hime, sauvée du serpent Orochi |
| Descendant célèbre | Ōkuninushi, le kami du grand sanctuaire d’Izumo |
| Arme | une épée à dix empans ; il découvre l’épée Kusanagi |
Pourquoi Susanoo a-t-il été chassé du ciel ?
Susanoo a été chassé du ciel pour avoir semé le chaos dans le domaine de sa sœur Amaterasu. Tout commence sur la terre : au lieu de gouverner la mer, Susanoo pleure sa mère Izanami jusqu’à ce que sa barbe lui descende sur la poitrine, et ses hurlements font se dessécher les montagnes et tarir les rivières. Izanagi, excédé, le bannit.
Avant de partir, Susanoo monte au ciel dire adieu à Amaterasu. Méfiante, la déesse le reçoit en armes. Pour prouver sa bonne foi, Susanoo propose une épreuve, l’ukehi : chacun croque un objet de l’autre et en fait naître des divinités. Susanoo se déclare vainqueur, puis, grisé, détruit les rizières de sa sœur, souille son palais et jette un cheval écorché dans la salle où tissent ses servantes.
Terrifiée et furieuse, Amaterasu s’enferme dans la grotte céleste, et le monde plonge dans la nuit. Les dieux la font sortir grâce à la danse d’Ame no Uzume, un mythe qui est à l’origine du kagura, présenté dans notre guide du kagura et de ses masques. Pour punir Susanoo, l’assemblée des dieux lui impose une lourde amende, lui coupe la barbe et les ongles des mains et des pieds, et l’expulse du ciel.
Comment Susanoo a-t-il vaincu Yamata no Orochi ?
Susanoo a vaincu Yamata no Orochi par la ruse, en l’enivrant avant de le tailler en pièces. Descendu sur terre près de la rivière Hi, en Izumo, il rencontre un vieux couple en pleurs, Ashinazuchi et Tenazuchi. Leur fille Kushinada-hime doit être livrée à un serpent géant à huit têtes et huit queues, qui a déjà dévoré ses sœurs, une chaque année.
Susanoo promet de tuer le monstre en échange de la main de Kushinada. Il change la jeune fille en peigne, qu’il glisse dans ses cheveux, puis fait préparer un saké très fort, versé dans huit cuves placées derrière une clôture percée de huit portes. Nippon.com résume la suite : le serpent vide les cuves, s’endort ivre, et Susanoo le tue. En tranchant la queue du milieu, le fil de son épée s’ébrèche sur une lame cachée à l’intérieur : c’est l’épée Ame-no-Murakumo, plus tard appelée Kusanagi.
Pour se réconcilier avec sa sœur, Susanoo offre l’épée à Amaterasu. Elle devient l’un des trois trésors sacrés du Japon, avec le miroir et le joyau, remis par la déesse à son petit-fils Ninigi quand il descend gouverner la terre.
Que devient Susanoo après sa victoire ?
Après sa victoire, Susanoo épouse Kushinada-hime et s’installe à Izumo, où il fonde une lignée de dieux. Le héros apaisé devient un ancêtre, avant de rejoindre le Ne-no-kuni, le « pays des racines », un monde souterrain proche du pays des morts.
Le palais de Suga et le premier poème du Japon
Arrivé à Suga, Susanoo s’écrie que son cœur y est rafraîchi, sugasugashi, et y bâtit son palais. Il compose alors un poème, Yakumo tatsu, « là où s’élèvent les nuages d’Izumo, je bâtis pour mon épouse une demeure aux huit clôtures ». La tradition le tient pour le premier waka, le poème classique japonais de 31 syllabes.
Les épreuves imposées à Ōkuninushi
Dans le Ne-no-kuni, Susanoo reçoit un de ses descendants, Ōnamuji, amoureux de sa fille Suseri-hime. Il lui impose quatre épreuves : une nuit dans une chambre pleine de serpents, une autre parmi les mille-pattes et les abeilles, un incendie dans une plaine et l’épouillage de sa chevelure. Ōnamuji s’enfuit avec la jeune femme, l’épée et l’arc de Susanoo, qui finit par le bénir : il deviendra Ōkuninushi, le « grand maître du pays ».
Où Susanoo est-il vénéré ?
Susanoo est vénéré surtout dans la région d’Izumo, à Kyoto et autour de Tokyo. On le prie contre les malheurs et les épidémies, parce qu’il a été assimilé à Gozu Tennō, divinité protectrice contre la peste, et pour le mariage, en souvenir de son union avec Kushinada. Selon Wikipédia, environ 280 sanctuaires Hikawa, surtout dans les préfectures de Saitama et de Tokyo, lui sont consacrés.
| Sanctuaire | Où | Ce qui le relie à Susanoo |
|---|---|---|
| Susa-jinja | Izumo (Shimane) | le lieu où Susanoo aurait choisi de fixer son esprit |
| Suga-jinja | Unnan (Shimane) | élevé sur le site légendaire de son palais, avec Kushinada et leur fils |
| Yaegaki-jinja | Matsue (Shimane) | lié à la clôture qui cachait Kushinada ; sanctuaire des vœux d’amour |
| Yasaka-jinja | Kyoto | autrefois voué à Gozu Tennō, assimilé à Susanoo ; fête de Gion en juillet |
| Hikawa-jinja | Saitama et Tokyo | tête d’un réseau d’environ 280 sanctuaires Hikawa |
| Tsushima-jinja | Aichi | autre grand centre du culte de Gozu Tennō |
À Yaegaki, une coutume attire les couples et les célibataires. Le site officiel du tourisme de Shimane décrit l’étang du Miroir, où Kushinada se serait mirée en se cachant d’Orochi : on y dépose une pièce sur une feuille de papier, et le temps qu’elle met à couler annoncerait l’arrivée de l’amour.
Une autre tradition vient de la légende de Somin Shōrai. Un homme pauvre offre l’hospitalité à un dieu de passage, identifié à Susanoo, qui lui donne en remerciement un anneau d’herbe tressée pour le protéger d’une épidémie. Ce récit explique les grands anneaux de roseau, les chinowa, que l’on franchit dans de nombreux sanctuaires lors de la purification de fin juin.
Comment Susanoo est-il représenté ?
Susanoo est le plus souvent représenté en guerrier barbu, épée à la main, face au serpent Orochi. Les estampes de l’époque d’Edo, comme celles d’Utagawa Kuniyoshi, en ont fait un motif célèbre. Le combat se joue aussi sur scène : dans l’Iwami kagura, dans l’ouest de la préfecture de Shimane, la pièce Orochi montre Susanoo masqué affrontant plusieurs serpents géants en papier.
On retrouve ce face-à-face entre dieux et démons sur les masques japonais d’aujourd’hui : masques de guerrier, de démon ou de théâtre nô sculptés dans le bois. Notre guide de l’oni, le démon japonais raconte les autres grands combats de ce type, et nos masques japonais en proposent les visages.
Susanoo est enfin très présent dans la culture populaire. Le manga Naruto a donné son nom à une technique de combat, un géant d’énergie qui protège son utilisateur, et le dieu apparaît dans de nombreux jeux vidéo. Ces versions reprennent le nom du kami, pas ses mythes.
FAQ sur Susanoo
Que signifie Susanoo ?
Le nom de Susanoo viendrait du verbe japonais susabu, « se déchaîner », ce qui en ferait « l’homme impétueux », ou du village de Susa, en Izumo. Susanoo-no-Mikoto ajoute un titre de respect réservé aux dieux.
Quel dieu est Susanoo no Mikoto ?
Susanoo no Mikoto est le dieu des tempêtes et de la mer dans le shinto. Il est aussi vénéré comme protecteur contre les maladies et comme dieu du mariage.
Susanoo est-il un dieu bon ou mauvais ?
Susanoo est les deux. Au ciel, il se conduit en destructeur et provoque la retraite d’Amaterasu dans sa grotte. Sur terre, il sauve Kushinada et tue le serpent Orochi. Cette double nature est typique des kami, à la fois bienfaisants et redoutables.
Qui est la femme de Susanoo ?
La femme de Susanoo est Kushinada-hime, la jeune fille qu’il sauve du serpent Yamata no Orochi. Les chroniques lui donnent aussi une seconde épouse, Kamu-Ōichi-hime, fille du dieu des montagnes.
Quel est le lien entre Susanoo et Amaterasu ?
Susanoo est le frère cadet d’Amaterasu, déesse du soleil. Leur querelle pousse Amaterasu à se cacher dans une grotte ; Susanoo se réconcilie ensuite avec elle en lui offrant l’épée Kusanagi.
Faut-il écrire Susanoo ou Susano ?
La transcription la plus courante est Susanoo, avec deux o, qui rend la voyelle longue du japonais スサノオ. On trouve aussi Susanō, Susanowo ou Susano.
En résumé
Susanoo est le dieu shinto des tempêtes et de la mer, frère turbulent d’Amaterasu. Chassé du ciel pour ses méfaits, il devient un héros en tuant le serpent Yamata no Orochi, dont il tire l’épée Kusanagi, puis un ancêtre à Izumo. Prié à Yaegaki, à Yasaka ou dans les sanctuaires Hikawa, il reste l’un des grands personnages du kagura et des masques de combat.
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