Kitsune à 9 queues : renard blanc aux neuf queues déployées dans une forêt japonaise brumeuse, près des torii d’un sanctuaire

Kitsune à 9 queues : le kyūbi, sa légende et Tamamo-no-Mae

Le kitsune à 9 queues, appelé kyūbi no kitsune (九尾の狐) au Japon, est le plus puissant des renards surnaturels. Selon la tradition, un renard gagne des queues en vieillissant et atteint les neuf après environ mille ans, avec une fourrure dorée ou blanche. Venu de Chine, le kyūbi est tantôt un présage de bonheur, tantôt un démon, comme Tamamo-no-Mae, la favorite impériale changée en pierre.

Le kitsune à neuf queues est devenu, grâce aux mangas et aux jeux vidéo, l’une des créatures japonaises les plus connues au monde. Selon l’article de Wikipédia consacré au renard à neuf queues, il est pourtant né en Chine, avant de gagner la Corée, le Viêt Nam et le Japon. Ce guide raconte son origine, la légende de Tamamo-no-Mae, la pierre qui tue de Nasu, et la place du kyūbi au théâtre et sur les masques.

Qu’est-ce que le kyūbi, le kitsune à neuf queues ?

Le kyūbi est un kitsune, un renard surnaturel, parvenu au sommet de sa puissance : il a neuf queues. Son nom complet, kyūbi no kitsune, signifie simplement « renard à neuf queues », de kyū, neuf, et bi, queue. Au Japon, on le dit capable de prendre forme humaine, de créer des illusions et d’influencer l’esprit des hommes au point de changer le destin d’un pays.

Le nombre de queues est la mesure de l’âge et du pouvoir. Dans la tradition la plus répandue, un renard commence à se transformer vers cinquante ou cent ans, gagne ensuite des queues au fil des siècles, et atteint les neuf vers mille ans. Sa fourrure devient alors dorée ou blanche. Les étapes intermédiaires, du renard ordinaire au renard céleste, sont détaillées dans notre article sur le kitsune, renard du folklore japonais.

Neuf est le maximum. Au-delà, les textes ne parlent plus de queues mais de changement de nature : le renard devient un être céleste, le tenko, proche des divinités. Le kyūbi est donc le renard le plus puissant qui garde encore un corps de renard.

D’où vient le renard à neuf queues ?

Le renard à neuf queues vient de Chine, où il apparaît dans le Shanhaijing, le « Classique des monts et des mers », un recueil de géographie et de légendes composé il y a plus de deux mille ans. Il y est d’abord une bête sauvage mangeuse d’hommes. D’autres textes chinois en font ensuite un animal de bon augure, qui n’apparaît qu’aux époques de paix.

La figure du renard démoniaque se fixe avec Daji, l’épouse cruelle du dernier roi de la dynastie Shang dans le roman L’Investiture des dieux, écrit sous les Ming : un esprit de renard à neuf queues s’empare de son corps et pousse le roi à sa perte. De Chine, le renard à neuf queues passe dans les pays voisins, chacun lui donnant un caractère propre.

Pays Nom Caractère dominant
Chine jiǔwěihú (九尾狐) présage de paix ou démon séducteur, comme Daji
Corée kumiho (구미호) surtout maléfique, dévore le foie des humains ; peut devenir humain s’il s’abstient de tuer mille jours
Japon kyūbi no kitsune (九尾の狐) bête divine de bon augure, ou yōkai redoutable comme Tamamo-no-Mae
Viêt Nam cửu vĩ hồ (九尾狐) démon vaincu par un roi légendaire, ou renarde protectrice honorée d’un temple

Au Japon, le renard à neuf queues apparaît d’abord comme un signe favorable. L’Engishiki, recueil de règlements de la cour achevé en 927, le range parmi les bêtes divines de bon présage, au pelage rouge ou blanc et au cri semblable à celui d’un nourrisson. C’est la légende de Tamamo-no-Mae qui va en faire le plus célèbre démon du Japon.

Qui est Tamamo-no-Mae, la renarde à neuf queues ?

Tamamo-no-Mae est, selon la légende, une renarde à neuf queues qui prend l’apparence d’une courtisane pour ensorceler l’empereur retiré Toba, au XIIe siècle. D’après Wikipédia, on la disait la femme la plus belle et la plus savante du Japon : elle répondait à toutes les questions, de la musique à l’astronomie, et ses vêtements ne se froissaient jamais. Un soir d’orage, les lumières s’éteignirent et son corps se mit à briller, ce qui lui valut son nom, « la demoiselle Joyau lumineux ».

Peu après, l’empereur retiré tombe gravement malade, sans que personne trouve la cause. L’astrologue de la cour, Abe no Yasunari, découvre la vérité : Tamamo-no-Mae est une vieille renarde au pelage doré et à la face blanche, venue s’emparer du trône. Au cours d’un rituel, la jeune femme reprend sa forme de renard à neuf queues et s’enfuit vers le nord-est.

Kitsune à 9 queues : ombre d’un renard à neuf queues projetée derrière un paravent dans une salle de palais japonais éclairée à la bougie

La chasse de la lande de Nasu

L’empereur envoie deux guerriers, Miura-no-suke et Kazusa-no-suke, traquer le renard. La veille de l’assaut, la renarde apparaît en rêve à Miura-no-suke sous les traits de Tamamo-no-Mae et le supplie de l’épargner ; il refuse. Le lendemain, sur la lande de Nasu, dans l’actuelle préfecture de Tochigi, Miura-no-suke l’abat d’une flèche.

La pierre qui tue

Le corps du renard se change en un rocher, le sesshō-seki, la « pierre qui tue », qui fait mourir quiconque la touche. Selon la légende, un moine bouddhiste nommé Gennō finit par apaiser l’esprit du renard par ses prières. Le poète Bashō visite la pierre au XVIIe siècle et la mentionne dans La Sente étroite du bout du monde.

Pierre sesshō-seki fendue en deux, liée à la légende du kitsune à neuf queues, dans un paysage volcanique de Nasu entouré de statues jizō

La pierre existe bien, dans une zone volcanique de Nasu où se dégagent des gaz soufrés, qui ont pu tuer des animaux et nourrir la légende. En mars 2022, elle s’est fendue en deux. CNN rapporte que la cause reste incertaine : l’eau infiltrée chaque hiver dans une fissure, puis gelée, a pu faire éclater la roche. Quelques semaines plus tard, des prêtres shinto ont célébré une cérémonie sur place pour apaiser l’esprit du renard.

Le kitsune à neuf queues est-il bon ou mauvais ?

Le kitsune à neuf queues est bon ou mauvais selon les récits, et c’est ce qui fait sa richesse. Dans les textes anciens de la cour japonaise, il est une bête divine qui annonce un règne heureux. Dans la légende de Tamamo-no-Mae, il devient un démon qui menace l’empereur. Certains récits ajoutent qu’à la mort d’un tel renard, ses queues se changent en petits esprits nuisibles, les osaki.

Au XIXe siècle, l’écrivain Kyokutei Bakin réhabilite le kyūbi dans son grand roman Nansō Satomi Hakkenden, en rappelant qu’il fut d’abord une créature sacrée. La tradition japonaise distingue d’ailleurs les renards bienveillants, messagers d’Inari, et les renards sauvages farceurs : un kyūbi peut appartenir aux uns comme aux autres. Le lien entre les renards et la divinité du riz est expliqué dans notre guide d’Inari.

Où retrouve-t-on le kyūbi aujourd’hui ?

On retrouve le kitsune à neuf queues au théâtre, dans les danses sacrées et surtout dans les mangas. La légende de Tamamo-no-Mae a inspiré une pièce de nô, Sesshōseki, attribuée à Hiyoshi Sa-ami, et plusieurs pièces de kabuki. Dans l’Iwami kagura, la pièce Kurozuka fait apparaître un renard à neuf queues déguisé, finalement vaincu.

Le manga Naruto a fait connaître le kyūbi dans le monde entier : un renard géant à neuf queues, Kurama, est scellé dans le corps du héros. De nombreux jeux vidéo reprennent aussi Tamamo-no-Mae. Ces versions modernes montrent souvent le renard en allié plutôt qu’en démon.

Œuvre Genre Le renard à neuf queues
Sesshōseki théâtre nô l’esprit de Tamamo-no-Mae surgit de la pierre, puis est apaisé par un moine
Kurozuka Iwami kagura renard déguisé, finalement vaincu
Nansō Satomi Hakkenden roman, XIXe siècle créature sacrée plutôt que démon
Naruto manga Kurama, renard géant scellé dans le héros, devenu son allié

Le masque de renard reste la façon la plus simple de faire apparaître le kitsune. Aucun masque traditionnel ne montre les neuf queues, qui restent l’affaire des estampes et des dessins ; c’est le visage blanc aux traits rouges, décrit dans notre article sur la signification du masque kitsune, qui incarne le renard. Nos masques kitsune déclinent ce visage en version traditionnelle, peinte à la main, lumineuse ou inspirée des mangas.

FAQ sur le kitsune à 9 queues

Comment s’appelle le renard à neuf queues ?
Au Japon, le renard à neuf queues s’appelle kyūbi no kitsune, ou kyūbi. En Chine, c’est le jiǔwěihú, en Corée le kumiho et au Viêt Nam le cửu vĩ hồ.

Quelle différence entre un kitsune et un kyūbi ?
Kitsune désigne le renard, animal ou créature surnaturelle, quel que soit son âge. Le kyūbi est un kitsune arrivé au plus haut degré de puissance, avec neuf queues.

Combien de temps faut-il à un kitsune pour avoir neuf queues ?
Selon la tradition la plus répandue, un kitsune atteint neuf queues vers l’âge de mille ans. Certains contes précisent qu’il gagne une queue par siècle, mais les versions varient.

Quelle est la différence entre le kyūbi et le kumiho ?
Le kumiho coréen est presque toujours maléfique et mangeur d’hommes. Le kyūbi japonais peut être une bête divine de bon augure comme un démon séducteur, à l’image de Tamamo-no-Mae.

Qui est le renard à neuf queues dans Naruto ?
Dans Naruto, le renard à neuf queues s’appelle Kurama. Il est scellé dans le corps de Naruto Uzumaki depuis sa naissance, avant de devenir son allié.

La pierre de Tamamo-no-Mae existe-t-elle vraiment ?
Oui, le sesshō-seki se trouve à Nasu, dans la préfecture de Tochigi, dans une zone volcanique. La pierre s’est fendue en deux en mars 2022, probablement sous l’effet du gel.

En résumé

Le kitsune à 9 queues, ou kyūbi, est le renard surnaturel parvenu au sommet de sa puissance, vers mille ans selon la tradition. Né en Chine, il est au Japon tantôt une bête divine de bon présage, tantôt le démon Tamamo-no-Mae, abattu sur la lande de Nasu et changé en pierre qui tue. Du nô au manga Naruto, il reste le plus célèbre des renards japonais.

À lire aussi dans ce guide : Oni : le démon japonais, ses origines, ses contes et ses masques · Kitsune : le renard du folklore japonais et ses pouvoirs · Masque kitsune signification : couleurs, fêtes et théâtre.

Un masque de renard blanc, comme ceux des fêtes et des danses sacrées, à porter ou à accrocher au mur.

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